Le président mexicain boude le Sommet des Amériques, pourquoi?

Le président mexicain Andrés Manuel López Obrador s'exprime lors de sa conférence de presse quotidienne matinale à Mexico, le 6 juin 2022. Photo: Pedro Pardo pour l’AFP.

Lundi le 6 juin 2022, à 17:20

Après avoir averti qu’il ne s’y rendrait pas si la rencontre excluait Cuba, le Venezuela et le Nicaragua, le président mexicain a annoncé qu’il boycottait le Sommet des Amériques débutant à Los Angeles. Vers un nouvel ordre régional?


Andrés Manuel López Obrador, le président du Mexique, a mis sa menace à exécution en annonçant qu’il ne se rendait pas dans la Cité des Anges pour participer au neuvième Sommet des Amériques. 
 
«Je ne vais pas au sommet, parce qu'on n'invite pas tous les pays de l'Amérique. Je crois en la nécessité de changer la politique qui a été imposée depuis des siècles: l'exclusion», a déclaré le locataire du Palais national, dans la matinée du 6 juin.
 
Pays voisin, le Mexique est le principal partenaire des États-Unis dans la région et la deuxième économie d’Amérique latine. 
 

Contre le «Sommet de l’Amérique» 

 
Selon Benjamin Lujano, enseignant en économie à l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM), le Sommet survient dans un contexte d'instabilité géopolitique mondiale où «le gouvernement américain et ses alliés du G7 utilisent les principales organisations supranationales pour sanctionner les pays contraires à leurs intérêts», lesquelles vont de l'Organisation des États américains à l'Organisation des Nations Unies.
 
Le geste du surnommé AMLO symbolise donc le refus de Mexico de se soumettre à l’agenda de Washington, alors que le «leadership américain commence à se fissurer» un peu partout sur la planète, notamment en Amérique latine.
 
Le déclin de l’influence américaine dans le monde a déclenché «un conflit technologique et commercial» entre les États et la Chine. La guerre en Ukraine est l’un des symptômes de cette nouvelle scission entre l’Ouest et l’Est. 

«Décomposition de l’ordre mondial»

 
AMLO veut envoyer le message que les intérêts américains passent encore avant la recherche de solutions «aux répercussions de l'inflation et de la stagnation économique, des migrations incontrôlées, du changement climatique, du vieillissement de la population, de l'endettement de l'État et du trafic de drogue», observe l’universitaire en entrevue avec Libre Média.

Selon lui, «la pandémie de Covid-19 a accéléré les processus de décomposition de l'ordre mondial, témoignant d'une crise sociale aiguë dans de nombreux pays en raison d'une faible croissance économique combinée à une forte inégalité et à une concentration des richesses».
 
«La décision d'AMLO montre que le Mexique cherche à agir en bloc, mais pas avec le Nord-Ouest ou avec l'Asie de l'Est, mais avec les pays d'Amérique latine», précise le chercheur, pour qui le président privilégie le retour d’un ordre multipolaire. 
 

Relations tendues, mais pas rompues 

 
Marcelo Ebrard, le Secrétaire des relations extérieures du Mexique, se rend toutefois à Los Angeles pour représenter son pays avec une délégation. 
 
La relation entre Mexico et Washington n’est pas totalement rompue, chose quasi impensable tellement les deux pays restent liés par des dossiers aussi cruciaux que la crise migratoire, l’un principaux thèmes du sommet avec les changements climatiques. 

 

Une Union américaine?

 
Preuve d’une certaine continuité, Andrés Manuel López Obrador a déclaré qu'il pourrait rencontrer le président Biden en juillet prochain à la Maison-Blanche, avec qui il affirme malgré tout entretenir une bonne relation. «Je veux parler avec lui du sujet de l'intégration de toute l'Amérique», a indiqué le président de gauche durant la même conférence de presse.
 
Andrés Manuel López Obrador aurait sans doute été accueilli par des foules enthousiastes à Los Angeles, où évolue l’une des plus importantes communautés mexicaines aux États-Unis.  
 
Le 26 mai dernier, quinze élus démocrates de la Chambre des représentants avaient demandé à Joe Biden de reconsidérer l'exclusion de Cuba, du Nicaragua et du Venezuela en faisant valoir que cette décision pourrait nuire aux intérêts américains dans la région.
   
«La position importante du président Joe Biden est que nous pensons que les dictateurs ne doivent pas être invités», a réagi Karine Jean Pierre, porte-parole de la Maison Blanche, quelques heures après l'annonce du président AMLO.