La fin définitive pour le Parti québécois?

L’actuel chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, prend la parole dans une église le 25 juin 2022. Photo: page Facebook officielle du Parti québécois.

Mercredi le 17 août 2022, à 16:00

Depuis le référendum de 1995, le Parti québécois perd des appuis à chaque élection. Quel l’avenir pour le parti de René Lévesque? Pourra-t-il rebondir après le 3 octobre prochain? Le politologue Denis Monière a répondu à nos questions. 


Le PQ peut-il survivre? Libre Média en a discuté avec Denis Monière qui est essayiste, politologue et professeur retraité de science politique de l’Université de Montréal.

Simon Leduc: Quelles sont les principales causes expliquant le déclin du Parti québécois?

Denis Monière: «Le déclin du PQ s’enracine dans ses tergiversations idéologiques et ses changements de cap. Depuis 1996, le Parti québécois est politiquement instable. Au fil des années, ses militants ont donc quitté le navire péquiste.  

Tout d’abord, il y a eu le virage à droite du parti sous Lucien Bouchard qui s’est caractérisé par la lutte au déficit. Cela a entraîné la formation de Québec solidaire. 

Ensuite, il y a eu l’abandon de l’option indépendantiste qui s’est fait en plusieurs étapes et sous plusieurs formules. Cela a eu pour conséquence la création d’un autre parti indépendantiste, Option nationale en 2012.  

Alors, par la suite, cela a été difficile pour le PQ de récupérer tous ses militants qui ont rejoint d’autres formations politiques.  

Les indépendantistes se sont retrouvés dans d’autres véhicules politiques comme Québec solidaire, Climat Québec aujourd’hui et Option nationale dans le passé. D’autres parmi eux se sont tout simplement retirés de l’action politique.  

En conséquence, le Parti québécois est responsable de ses déboires, car il a perdu sa base militante au fil des ans. Aujourd’hui, il tente de se relancer en faisant la promotion de son option fondamentale, mais la montagne est très difficile à remonter.  
Conséquemment, l’opinion publique a évolué dans le sens d’une résignation et d’une démission collective. 

Les Québécois sont moins combatifs qu’auparavant. Dorénavant, ces derniers adhèrent au nationalisme défensif, ce qui veut dire qu’ils pensent que le Québec peut faire des gains dans le cadre du régime fédéral. Quand la déception politique s’installe, les gens abandonnent ou cherchent une autre avenue qui est moins contraignante et moins difficile.  


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Les gens favorables au nationalisme défensif appuient maintenant en majorité la Coalition Avenir Québec. Un des grands succès de cette formation politique est d’avoir récupéré la base du PQ. Une forte proportion de péquistes s’est retrouvée à la CAQ par soif du pouvoir ou parce que l’indépendance n’était plus à l’ordre du jour.    

Ils ont espoir que le fédéralisme pourra être renouvelé. Il ne faut pas oublier que le transfert de François Legault du PQ vers la CAQ est un symptôme du déclin du Parti québécois.  

La CAQ est une vaste coalition de fédéralistes et de souverainistes mous qui espèrent une réforme du fédéralisme canadien. C’est une régression politique qui nous ramène au nationalisme canadien-français. C’est la thèse des deux peuples fondateurs de Lionel Groulx et d’Henri Bourassa. C’est un peu ce que François Legault incarne aujourd’hui.»  

Que pensez-vous du leadership du chef Paul St-Pierre Plamondon?

Denis Monière: «Je pense qu’il fait du très bon travail comme leader du PQ. Il est actif sur le terrain  et il a un discours très cohérent. La performance d’un chef et la réponse du public, c’est deux choses. 

À mon avis, St-Pierre Plamondon a fait mieux qu’il pouvait dans les circonstances. J’apprécie le fait qu’il ne voit pas son action politique en termes électoraux, mais bien à très long terme avec son projet de nation. Selon moi, c’est le bon positionnement pour le PQ. C’est un homme politique courageux et déterminé. C’est sûr qu’il a un long chemin à parcourir, mais il est jeune. 

Il faut rappeler que René Lévesque n’a pas réussi à construire un PQ du jour au lendemain. Le PQ a nécessité plusieurs années pour réussir à s’imposer dans le paysage politique. Je pense qu’on va assister à un scénario semblable. J’estime que la CAQ va se casser les dents sur la réforme du fédéralisme et cela pourrait jouer en faveur du Parti québécois.»

Le Parti québécois va donc subir une défaite historique le 3 octobre prochain?

Denis Monière: «Je pense que le Parti québécois va faire élire seulement un ou deux députés lors du prochain scrutin général. Avec 10% des voix, cela va être très difficile pour les péquistes de conserver leurs acquis. 

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Il faut souligner que c’est la même chose pour les autres partis dans l’opposition. On est dans une conjoncture où la CAQ va remporter une grosse victoire électorale. Je ne pense pas que les caquistes vont battre le record historique établi par Robert Bourassa en 1973 avec 102 députés, mais les troupes de François Legault vont faire élire près de cent députés. 

Dans ces conditions, aucun autre parti politique ne va tirer son épingle du jeu.»

Le PQ va-t-il disparaître après le scrutin du 3 octobre?

Denis Monière: «Le PQ sera presque rayé de la carte parlementaire, mais cela ne veut pas dire qu’il va disparaître pour autant. Cela va dépendre de la situation des autres formations politiques.  

Autrement dit, s’il n’y aucun parti qui soutient une position cohérente pour réaliser l’indépendance, le PQ pourrait en profiter. Je pense que le PQ va se reconstruire dans des conditions difficiles. Au moins, il a un chef qui est conscient de cette réalité.»