Défaite de Marine Le Pen: quel avenir pour la droite française?

Marine Le Pen le 24 avril 2022. Crédits: Thomas Samson pour l'AFP.

Dimanche le 8 mai 2022, à 11:00

Selon notre chroniqueur Philippe Labrecque, les prochaines années seront déterminantes pour une droite française divisée et incapable de reprendre le dessus face au camp progressiste incarné par Macron. 


Les élections présidentielles françaises de 2022 se terminent comme celles de 2017, soit avec une victoire du centriste Emmanuel Macron contre la représentante à droite, Marine Le Pen. La défaite au second tour de Marine Le Pen et de son parti, le Rassemblement national, fut longtemps annoncée et surtout largement décriée comme illustrant l’impasse politique dans laquelle la France se trouve.

Force est de constater, qu’en effet, qu’un blocage est en place, particulièrement à droite.

Le plafond de verre de Marine Le Pen


Le Pen aura néanmoins réussi à surmonter la montée d’un candidat à sa droite, Éric Zemmour, et résister à l’exode de ses cadres et anciens collaborateurs vers Reconquête !, le parti de cet ex-journaliste.

Triomphant de Zemmour alors que Les républicains (LR), ce «parti de gouvernement» et ancienne grande alliance de droite qui a jadis dominé la politique française, s’effondrait avec des résultats en dessous de 5 % lors du premier tour de ces élections, les sondages donnaient Le Pen et Macron au coude-à-coude à moins de deux semaines du vote final pour choisir un président.

La victoire étant à portée de main, Le Pen pouvait espérer un grand coup, non seulement ravir l’Élysée, mais officialiser sa mainmise sur une droite en recomposition.

Ces deux semaines d’entre-deux-tours ont pourtant été fatidiques pour Le Pen. Le «front républicain» et l’animosité des médias envers «l’extrême droite», qui s’était concentrée sur Zemmour lors de premier tour, se sont rabattus inexorablement sur Le Pen et le RN, ce qui semble avoir été suffisant pour inverser toute tendance en leur faveur.

L’appel aux électeurs de la gauche mélenchoniste «populo-souverainiste», ce pari risqué, semble avoir été un échec cuisant de Marine Le Pen tout en mettant un terme à l’idée que le RN pouvait attirer un électorat de gauche grâce à une plateforme marquée par l’interventionnisme économique et social.

Après deux défaites consécutives au second tour en étant à la tête d’un parti qui s’effrite, l’avenir politique de Marine Le Pen est loin d’être assuré malgré que celle-ci a déjà annoncé vouloir rester à la tête de son parti et mener une résistance pour les cinq prochaines années.


Qui peut unifier la droite?


Reconquête! et Éric Zemmour ont su imposer leurs discours centré sur les questions d’identité et d’immigration tout au long de la campagne. Ils ont également créé un parti de plus de 100 000 adhérents en moins d’un an, démontrant un dynamisme incroyable.

Mais le mince 7 % obtenu par Zemmour au premier tour indique que l’électorat de droite n’a pas cru bon de lui confier l’union des droites qu’il souhaitait pourtant ardemment.

LR et sa candidate, Valérie Pécresse, auront subi l’inévitable pour un parti qui s’éloigne des positions espérées par l’électorat de droite tout en étant incapables de se distinguer du centro-macronisme, plusieurs grands noms des Républicains ayant déjà rejoint Macron depuis son élection en 2017.

La droite française se retrouve donc formée de trois partis défaits sans qu’aucun ne semble pouvoir achever une réunification de ce camp politique autour de lui.

Pire, la France n’est peut-être pas si à droite qu’on nous l’annonçait. Le résultat de Marine Le Pen à ce second tour, autour de 42 %, est peut-être le sommet que la droite peut espérer obtenir, tant et aussi longtemps que le centre tiendra, sous Macron ou non.


Jean-Luc Mélenchon, Premier ministre?


Finalement, les législatives qui viennent, si elles devaient donner une victoire quelconque à la France insoumise et forcer Macron à porter Mélenchon au poste de Premier ministre, la défaite de la droite serait totale.

Les cinq prochaines années pourraient donc être très longues pour la droite française.