Au Pakistan, les chrétiens résistent à la violence dans l’espérance

Une fidèle chrétienne embrasse une représentation de la crucifixion de Jésus-Christ lors d'un office du Vendredi saint à l'église Saint-Antoine de Lahore, le 18 avril 2025. Photo: Arif ALI pour l’AFP.

Lundi le 23 mars 2026, à 11:15

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Au Pakistan, les chrétiens résistent à la violence dans l’espérance
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Conversions forcées, enlèvements et viols de jeunes filles, agressions en pleine rue… À l’approche de Pâques et dans un contexte régional tendu, les menaces pèsent lourdement sur le quotidien des chrétiens du Pakistan. 

 

Prêtre catholique, directeur de la Commission justice, paix et droits de l’Homme à Lahore, deuxième ville en importance du pays après Islamabad, le père Lazar Aslam lance l’alerte sur la situation des chrétiens au Pakistan. Entretien exclusif.

 

Rémi Tell: Dans quel état d’esprit les 3,3 millions de chrétiens du Pakistan se préparent-ils à célébrer Pâques?

 

Lazar Aslam: «Nous le faisons avec une foi profonde et de l’espérance, mais également dans un esprit de prudence. 

 

Ces jours sacrés restent un temps de renouveau, bien qu’ils soient toujours marqués par un sentiment de vulnérabilité lié à des incidents passés de violences de foule, d’attaques contre des églises et d’accusations de blasphème.

Le père catholique Lazar Aslam. Courtoisie. 

 


Le gouvernement a pris des mesures pour assurer la sécurité pendant la Semaine sainte en déployant du personnel, en installant des portiques de sécurité et en renforçant la surveillance autour des églises. 

 

Ces mesures apportent un certain réconfort, mais rappellent aussi les risques auxquels notre communauté est confrontée pour vivre sa foi ouvertement.»

 

L’escalade au Moyen-Orient accroît-elle les menaces auxquelles les chrétiens pakistanais font face?

 

Lazar Aslam: «L’escalade du conflit au Moyen-Orient ne s’est pas directement traduite par des menaces au Pakistan. 

 

Néanmoins, les tensions régionales et mondiales peuvent parfois accentuer les sensibilités et influencer indirectement les attitudes envers les minorités locales. 

 

Dans des moments émotionnellement chargés, la désinformation ou les discours extrémistes peuvent mettre en danger l’harmonie sociale.

 

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Malgré ces défis, les chrétiens pakistanais continuent de faire preuve d’une résilience remarquable et d’un engagement envers une coexistence pacifique. 

 

Nous restons guidés par les articles 20 et 36 de notre Constitution, qui garantissent la liberté religieuse et la protection des minorités, des principes que nous défendons aux côtés de tous les citoyens de bonne volonté.»

 

Dans un récent rapport, vous avez documenté les terribles violences sexuelles subies par des jeunes filles chrétiennes au Pakistan. Pouvez-vous donner un exemple récent?

 

Lazar Aslam: «La situation des jeunes filles chrétiennes demeure l’une des réalités les plus douloureuses auxquelles nous sommes confrontés. 

 

Des cas d’enlèvements, de conversions et de mariages forcés continuent d’être signalés, en particulier parmi les familles économiquement vulnérables.

 

Un exemple récent est celui de Maria Shahbaz, une jeune fille de 13 ans qui a été enlevée, convertie de force et mariée à un homme adulte. 

 

Malgré des preuves évidentes de son âge, les décisions judiciaires dans ce type d’affaires n’ont trop souvent pas rendu justice, révélant des lacunes dans l’application des lois sur la protection de l’enfance et les droits des minorités.

 

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On estime qu’environ 1000 jeunes filles issues de minorités — chrétiennes et hindoues — sont chaque année victimes de conversions et de mariages forcés. 

 

Beaucoup sont contraintes de signer des documents vierges ensuite utilisés comme preuves de conversion ou de consentement. 

 

Si certains tribunaux ont permis le retour de mineures auprès de leurs familles, l’application des décisions reste inégale, et la pression sociale réduit souvent les victimes au silence.

 

Cette injustice persistante exige des mesures urgentes: une clarification législative sur les conversions forcées, une application stricte des lois contre les mariages d’enfants, et des mécanismes efficaces de protection et de réhabilitation. 

 

Garantir la justice pour ces jeunes filles n’est pas seulement une obligation juridique; c’est une épreuve morale pour la conscience de notre société.»

 

En décembre 2025, une Commission nationale pour les droits des minorités a été créée par le Parlement pakistanais. Peut-elle apporter des changements concrets?

 

Lazar Aslam: «La création de cette Commission nationale représente une avancée institutionnelle positive, attendue depuis longtemps. Elle répond à une directive de la Cour suprême de 2014 exigeant la mise en place d’un organe statutaire indépendant chargé de protéger les droits des minorités religieuses au Pakistan.

 

Le mandat de la Commission — surveiller les violations, enquêter sur les plaintes, conseiller le gouvernement et proposer des réformes — a le potentiel de produire de véritables changements. Sa composition, représentant les minorités de différentes provinces, constitue un pas vers plus d’inclusion.

 

Cependant, son efficacité dépendra de son indépendance, de son autorité juridique, de ressources financières suffisantes et de la volonté politique. 

 

Des commissions précédentes ont échoué lorsqu’elles étaient limitées à un rôle consultatif ou privées de moyens d’action. 

 

Si elle est dotée de pouvoirs réels et crédibles, la Commission peut devenir un pont essentiel entre les communautés minoritaires et l’État — un pont capable de transformer le dialogue en action et les politiques en protection.»

 

Quel message souhaitez-vous adresser à la communauté internationale dans le contexte actuel?

 

Lazar Aslam: «À nos partenaires et amis à travers le monde, notre appel repose sur la foi, la justice et la dignité humaine partagée. 

 

Nous demandons à la communauté internationale de rester engagée de manière constructive avec le Pakistan — non pas dans une logique de condamnation, mais dans une coopération visant à renforcer l’État de droit et à promouvoir les droits humains universels.

 

Une attention internationale soutenue contribue à prévenir l’impunité et à encourager les réformes. 

Le père Lazar Aslam avec des fidèles au Pakistan. Courtoisie. 

 


Un plaidoyer en faveur de la protection des jeunes filles, de la réforme des lois discriminatoires, de la lutte contre les conversions forcées, de la persécution des chrétiens, des attaques contre les lieux de culte (églises, sanctuaires hindous et sikhs), des violences contre les quartiers minoritaires, des accusations abusives de blasphème, ainsi que de la promotion du dialogue interreligieux, peut sauver des vies et renforcer la confiance entre les communautés.

 

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Dans le même temps, nous appelons tous ceux qui défendent les droits humains à le faire dans le respect de la souveraineté du Pakistan et des nombreuses voix de paix au sein de sa population. 

 

L’avenir passe par le partenariat, et non par la polarisation; par le dialogue, et non par la division.

 

La communauté chrétienne au Pakistan continue de vivre sa foi avec espérance et persévérance. 

 

Mais sa réalité exige un engagement durable de la part de l’État, de la société civile et des partenaires internationaux afin de renforcer la justice, garantir l’égalité devant la loi et promouvoir une culture de compassion. 

 

Dans notre humanité commune, puissions-nous construire une société où chaque personne, quelle que soit sa foi, peut vivre dans la dignité, l’égalité et la paix.»